LAURENT BRETHOME

Crédit photo : LMV

Je crois que je mourrai par où j’ai pêché.

Je mourrai du trop d’amour que j’ai du monde et des gens.

Je mourrai d’une honnêteté qui ne m’a jamais permis de faire les compromis nécessaires des petits marquis de ce monde.

Je mourrai d’avoir trop travaillé sans jamais m’arrêter comme si demain tout s’arrêtait.

Je mourrai d’avoir trop vécu sans jamais me retenir par peur du manque de temps.

Mais je mourrai heureux et satisfait, avec sur le visage le sourire à la con du mal-né que je suis et qui tel un Scapin a su faire tomber toutes les chapelles pour se frayer un chemin dans un monde théâtral dont j’ai forcé les portes grâce aux écoles de la République.

Les Conservatoires de la Roche-sur-Yon et de Grenoble puis l’École Supérieure de la Comédie de Saint-Etienne, m’ont permis de me creuser un sillon depuis plus de 15 ans sans jamais avoir à penser carrière ni stratégie.

J’ai commencé très jeune à vouloir embrasser chaque spectateur, chaque spectatrice.

J’ai commencé dans un monde sans masque où la bise était de rigueur et où les combats politiques se menaient artistiquement sur les plateaux, sans posture et sans démagogie en dehors des planches.

J’ai commencé dans un monde déjà malade mais sûrement moins puritain.

J’ai très tôt décidé de ne pas cloisonner les frontières et de travailler sur la porosité magnifique de formes hybrides où la nécessité du poète est avant tout celle de l’amour du dire, du beau verbe et des interprètes.

J’ai très rapidement eu la nécessité de ne pas oublier d’où je viens. Nommé à tout juste 28 ans metteur en scène et chef de troupe d’une compagnie entrée en convention avec l’État j’ai voulu en plus développer mon envie rhizomique de travailler alternativement avec des élèves en école ou des troupes de théâtre amateur.

Après plus de quarante mises en scène, le public est et a toujours été ma préoccupation majeure, au cœur de mon travail. Pas seulement sur les plateaux de théâtres, surtout là où le théâtre ne va pas assez : chez l’habitant, en prison, dans des hôpitaux, en Ephad ou en milieu scolaire… c’est là que j’ai connu mes plus belles émotions de rencontres avec le public.

J’ai coché tour à tour les rêves de mes 20 ans à la sortie d’école : tourner partout en France et partir sur les routes pendant des mois, jouer sur les plateaux des Scènes Nationales ou des Centre Dramatiques Nationaux, jouer à l’Odéon sur le grand plateau du théâtre de mes rêves d’enfant, faire le Festival IN d’Avignon, mettre en scène à l’opéra, mettre en scène aux États-Unis, créer pour le « public-jeune », travailler avec des autrices et des auteurs vivant(e)s, créer de grandes mêlées poétiques et mettre en scène des formes réunissant côte à côte professionnel(le)s et amat(rices)eurs.

Il me reste quelques rêves à caresser mais si je devais mourir demain je crois pouvoir dire que mon épanouissement est total.

Mon parcours s’est nourri de collaborations nombreuses et je crois toujours aujourd’hui que la plus grande qualité d’un metteur en scène est de savoir bien s’entourer.

Je ne suis rien sans l’équipe qui m’entoure, c’est sincère et sans flagornerie.

Je crois aujourd’hui plus que jamais que mon minuscule rôle dans ce monde est de continuer à défendre des autrices et des auteurs nouve(lles)aux, de poursuivre mon entreprise de démolition qui consiste à faire tomber les murs des préjugés pour emmener le théâtre sur des territoires inconnus, de persister ( et donc de signer !) à populariser notre art auprès des spectatrices et des spectateurs qui ne vont pas au théâtre, d’insister auprès de nos élites sur l’impérieuse nécessité d’investir et de parier sur la culture comme un outil du futur pour élever le monde et enrichir nos enfants.

Je crois donc que je mourrai par où j’ai pêché… mais j’ai l’utopie de penser que je ne serai pas mort pour rien.

 

Février 2021. Laurent Brethome

Crédit photo : LMV

METTEUR EN SCÈNE

Art dramatique

2020 : Une laborieuse entreprise Hanokh Levin
2019 : Dom Juan Molière
2019 : Le Barbier de Séville Beaumarchais
2018 : Speed Leving Hanokh Levin dans une traduction de Laurence Sendrowicz
2018 : Comme vous voudrez – La nuit des rois Shakespeare
2018 : La vie de Gérard en occident adaptation de Gérard Potier d’un texte de François Baune
2017 : Margot d’après Chistopher Marlowe, dans une traduction nouvelle et des textes additionnels de Dorothée Zumstein
2016 : Les éprouvés Pierre Notte
2016 : Pierre. Ciseaux. Papier. Clémence Weill (Grand prix de littérature dramatique 2014 du CnT)
2015 : Riquet libre adaptation d’Antoine Herniotte, d’après Riquet à la Houppe de Charles Perrault, commande de La Fabrique de dépaysements, Fesival IN d’Avignon, TNT, CDN de Toulouse
2015 : Shakespeare in death University of Minnesota Duluth, United States
2014 : Les Fourberies de Scapin Molière, Théâtre de la Croix Rousse
2014 : Plus forte la vie Françoise du Chaxel
2014 : Massacre à Paris Christopher Marlowe
2014 : L’Homme râleur d’après Georges Feydeau
2013 : Tac Philippe Minyana
2012 : Court-carnage d’après Hanokh Levin et Georges Feydeau
2011 : Avant la nuit… cabaret monstrueux, d’après Hanokh Levin
2011 : Liberté, Égalité, Fraternité Théâtre de Sartrouville
2011 : Meurtres de la princesse juive Armando Llamas
2011 : Nous deux Stéphane Jaubertie
2011 : Fiancés en herbe Georges Feydeau
2011 : Bérénice Jean Racine, CDN d’Angers, Théâtre de la Croix Rousse
2010 : Le Dodo de Yannick Jaulin, Théâtre du Rond-Point
2010 : Noces de Papier adaptation libre de La Noce chez les petits bourgeois de Bertold Brecht
2010 : Les souffrances de Job Hanokh Levin
2009 : Potroush Hanokh Levin
2009 : On purge bébé Georges Feydeau
2008 : Condamnés à vie d’après deux monologues de Georges Feydeau
2008 : L’ombre de Venceslao Copi
2007 : Reine de la Salle de bain Hanokh Levin
2007 : Popper Hanokh Levin, CDN de Valence, Théâtre de la Croix-Rousse
2006 : Tous les garçons s’appellent Patrick libre adaptation d’un scénario de Jean-Luc Godard/Eric Rohmer
2006 : Le Valet de cœur Marina Tsvetaieva
2005 : La vieille Daniil Harms
2005 : Fiancés en herbe Georges Feydeau
2004 : Une Noce Anton Tchekhov
2003 : Le Mal Joli Georges Feydeau
2003 : Ah non, tu ne vas pas vomir, je ne t’ai pas épousé pour ça ! d’après Feu la mère de Madame de Georges Feydeau
2002 : Une offre d’emploi adaptation libre du roman Amerika de Franz Kafka

Art lyrique

2013 : L’Orfeo Claudio Monteverdi, dirigé par Leonardo Garcia Alarcòn, Opéra-théâtre de Saint-Étienne, Opéra de Reims, Bozart de Bruxelles

2010 : L’enfant au coquillage Damien Nédonchelle et Monique Lermusiaux, direction musicale Alain Jacquon, Théâtre des Célestins, Lyon

COMÉDIEN

2018 : Dom Juan Molière, rôle de Dom Juan
2017 : Le Frigo Copi, mise en scène Philippe Sire, rôle de L.
2013 : Italienne Jean-François Sivadier, mise en scène Thierry Jolivet, rôle du chef d’orchestre
2009 : Pluie de cendres Laurent Gaudé, mise en scène Alain Sabaud, rôle d’Ajax
2008 : Le Mariage de Figaro Beaumarchais, mise en scène Jean-François Le Garrec, rôle de Figaro
2007 : La cabale des dévots Mikhaïl Boulgakov, mise en scène Thomas Blanchard, rôle de Moiron
2006 : Richard III William Shakespeare, mise en scène Philippe Sire, rôle de Richard
2004 : La Cantatrice chauve Eugène Ionesco, mise en scène de Jean-Claude Berutti, rôle de M.Martin
2003 : Kroum l’ectoplasme Hanokh Levin, mise en scène de François Rancillac, rôle de Dulce

prix et récompenses

2010 : Prix du public du meilleur spectacle pour Les Souffrances de Job, Festival Impatience au Théâtre de l’Odéon

artiste associé

2012-2016 : Théâtre Jean Arp, Clamart

2012-2016 : Théâtre de Bourg en Bresse

2009-2017 : Scène de Pays dans les Mauges, Beaupréau

2009-2011 : Conservatoire de Nantes

2008-2011 : Théâtre de Villefranche

pédagogue

2018 : Coordinateur du département théâtre au Conservatoire de la Roche-sur-Yon

2015-2018 : Intervention en fil rouge pour la 25è promotion de l’ERAC

2012-2018 : Professeur titulaire au Conservatoire de Lyon

2012 : Personnalité qualifiée du Conseil d’Administration de l’EPCC Pôle d’enseignement supérieur spectacle vivant Bretagne / Pays de la Loire

2007-2012 : Professeur d’art dramatique au Conservatoire de Lyon